C’était une fin d’après-midi encore chaude du mois d’août. Je revenais de la boulangerie en remontant le boulevard de Magenta d’un pas tranquille, laissant vagabonder mon esprit, quand un coup foudroyant sous la clavicule me stoppa net. La douleur se propagea jusqu’à la cuisse, cinglant au passage le bas du dos. Je restai abasourdie sur le trottoir, sans rien comprendre à ce qu’il m’arrivait. Distraite, j’aurais pu me prendre un poteau pleine balle mais il n’y avait pas de poteau, ni personne d’ailleurs, sinon un vieil homme posté non loin qui me demanda : « Ça va ? Pas blessée ? » Il poursuivit : « Elle va pas bien du tout, c’est la drogue, elle n’est pas dans son état normal » Je me retournai et vis une jeune femme s’éloigner à marche rapide et nerveuse, les bras en l’air, criant à la cantonade « Faut s’pousser ! » Encore sous le choc, mon corps tremblait. La fille semblait plutôt mince et petite. Comment était-il possible de dégager une telle énergie. Je réalisai peu à peu qu’elle ne m’avait pas simplement bousculée, elle m’avait sciemment frappée. J’ai rien vu venir, rien pu faire. Peut-être que si. J’aurais pu la rattraper. Pour lui dire quoi ? L’expérience m’a montré que les mots sont inutiles avec les frappadingues et les cons. On perd son temps, sa patience et possiblement sa foi en l’humanité. Et puis j’ai horreur des conflits. Encore une fois, j’ai fermé ma gueule et continué mon chemin.
J’aimerais bien avoir une nature plus téméraire, plus vindicative, même si physiquement je ne fais pas le poids. Pas être cette petite chose qui ronge son frein en bon petit soldat. Disciplinée. Pas de vagues surtout. Ne pas déranger. Rester polie et aimable. Je suis ainsi formatée. À mon âge, il serait temps de lâcher la chienne en moi qui sommeille. Envers les malotrus, aboyer, montrer les crocs et mordre si besoin. Basta !
