Le verre de vin blanc

Putain. Je me suis fait entuber comme une bleue. Je m’étais pourtant promis qu’on ne m’y reprendrait plus.

Ma fille revenait à Paris chargée comme une mule après trois années passées à Bordeaux. Ce retour signait la fin de ses études. Elle avait pris le dernier train. J’étais arrivée à la gare Montparnasse en avance, trop impatiente de la retrouver. Quand je levai les yeux vers le panneau d’affichage pour connaître le numéro du quai, il m’annonça une heure vingt de retard. La gare était quasi vide et silencieuse. Seuls quelques ouvriers en veste orange s’activaient tranquillement dans le grand hall. L’air était doux en cette nuit d’octobre, j’eus envie de m’y fondre. Je partis me promener, me laissant guider par les lumières de la ville qui s’éteignaient peu à peu sur mon passage. Ici, un bar fermait son rideau de fer, là, un serveur effaçait du trottoir les chaises et tables desservies. Une rue m’amena sur une agréable placette flanquée d’un petit jardin public. Un café encore ouvert était éclairé par une guirlande de loupiottes jetant sur sa terrasse un halo jaune orangé. Elle m’attira comme un pot de miel. Je m’assis et commandai au patron un verre de vin blanc. Il me proposa d’emblée un Pouilly fumé. Je n’avais pas d’exigence particulière, « Ok » lui répondis-je simplement. Il m’apporta un joli verre à pied et je laissai passer les minutes à rêvasser, buvant le vin par petite gorgée.

Il revint pour m’encaisser.

— Ça fera neuf euros dix.

Cette annonce me sortit aussi sec de ma torpeur.

— Hé ben !

Je n’ai trouvé que ça à dire, le regard fixé sur le ticket. Le patron restait devant moi impassible dans l’attente de récupérer ses sous.

Je vis sur la table d’à côté une carte des vins et la pris pour vérifier les prix. Ils s’échelonnaient de cinq à neuf euros dix.

— Vous m’avez proposé le vin le plus cher, trouvai-je à répondre.

— Non, il y a plus cher. Et puis c’est vous qui avez accepté le Pouilly.

Je revérifiai la carte. C’était un menteur. Un menteur et un escroc. Pauvre con. Connard.

Les insultes se bousculaient dans ma bouche mais aucune ne dépassa le bord de mes lèvres. Comment lui dire à ce petit monsieur qu’il me décevait beaucoup et que ma déception allait bien au-delà de son verre de vin blanc qui n’était même pas bon. Dans quel monde devait-on vivre ? Fallait-on en permanence se méfier des autres ? Ne jamais baisser la garde ou alors être prêt à cogner fort ? Il serait si bon de pouvoir se laisser aller, de faire confiance sans préjugés. J’ai ravalé ma colère. Il a gagné dix balles et mon mépris. Rien de plus. Je voulais garder intacte la joie de revoir ma fille.

2 commentaires

  1. Avatar de corbinsandrineyahoofr corbinsandrineyahoofr dit :

    Du Karen ! ✨✨✨Coucou, c’est un plaisir de te lire.J’espère que tu vas bien.On essaye de se voir fin novembre début décembre ?Gros bisous Sandrine 

    Yahoo Mail : Recherchez, organisez, maîtrisez

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    1. Avatar de kareneditions kareneditions dit :

      Un grand merci Sandrine pour ton message. Avec grand plaisir ! ;)

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