Varanasi

Je vous écris d’une cité lointaine où les marches blanches mènent aux eaux troubles d’un fleuve aussi long et sinueux que le cheveu d’un dieu.

L’aube claire déverse ses premiers fidèles venus goûter les délices du vif comme on s’abreuve au calice. Jusqu’à l’ivresse.

J’ai vu sur la rive un homme tronc trotter comme un centaure sur son chariot de bois. Ses mains chaussées de sabots martelaient le sol.

Parmi la foule bruyante et chamarrée, se mêlent de vieux sages vêtus de cendres et de safran. Des serpents nichent dans leur chignon.

La vache Gao Mata, matrice de toutes les mères, promène ses flancs creux.

J’ai baissé les yeux sur une paume tendue, puis le mendiant s’est éloigné tel un félin sur ses quatre membres.

Les femmes au sourire éclatant se baignent en sari dans l’onde sacrée, un sein pudique se dévoile. Les hommes sont torse nu, un dhoti noué à la taille.

Certains s’immobilisent sous l’aplomb du soleil, les mains jointes en prière. Seules les moustaches frémissent des murmures confiés au vent.

Les buffles noirs sont autant de rochers lisses affleurants du haut desquels sautent les enfants en un jaillissement de cris et de meuglements.

Non loin de là passe le cadavre d’une vieille femme. Portée par les flots pour unique linceul, cuisses ouvertes et dénudées, elle offre sa chair et ses yeux aux corbeaux.

Une rue étroite résonne du pas cadencé d’un cortège. Un défunt paré de fleurs se rend au bûcher d’où s’élève la fumée épaisse des encens.

A la nuit tombée, les berges s’éclairent de lumignons qui tout à tour sont entraînés par le courant, tel un chapelet d’étoiles s’enfonçant dans les ténèbres. Ils glissent lentement, se dispersent, puis l’un après l’autre s’envolent, aspirés par les cieux.

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