Osgood-Schlatter. Je découvris ce mot dans le cabinet d’un médecin à cause d’une vive douleur au genou. J’avais douze ans. On m’annonça peu après que je devais arrêter la gymnastique. Sans enthousiasme, je m’inscrivis à un club de judo.
Après l’échauffement et l’apprentissage de gestes techniques, venaient les exercices de combat. Je cherchais alors désespérément un partenaire, mon stress augmentant à mesure que je voyais mes camarades se mettre par deux, car celui qui restait seul devait affronter le moniteur.
C’était un homme massif et bedonnant avec des cheveux frisés mouillés de sueur. Plusieurs fois, je m’étais retrouvée face à lui. Il m’invitait alors à le suivre dans un coin du tatami, celui fermé par deux hauts murs, le plus éloigné des regards. Dès la première prise, je valdinguais et il me plaquait au sol, sur le dos, un bras bloqué et dans ma main ouverte, il s’arrangeait pour y mettre son sexe. Je n’en étais pas sûre, jusqu’à ce qu’il le presse par à-coups. Affolée, je tapais fort le tatami pour déclarer ma défaite, tandis qu’il continuait sa besogne, indifférent à mes plaintes. J’avais essayé de retirer ma main, mais cette résistance revenait à frotter l’objet de mon dégoût. Alors je le laissais faire, paume inerte, vaincue par ce tas de graisse et de muscles, dans l’attente qu’il desserre son étreinte.
Il me fallut quelques mois pour le dire à ma mère. J’arrêtai aussitôt le judo.
